Une crise en cache malheureusement une autre. S'il est légitime que les politiques et les économistes aient
grandement focalisé leur attention sur la crise financière internationale, dont l'ampleur est inédite, ils doivent cependant ouvrir les yeux et prendre en compte la nouvelle crise qui
s'annonce: le choc asymétrique au sein de la zone euro.
Contrairement à la vérité officielle assénée lors de la mise en place de l'euro, les économies des Etats
membres de l'Union européenne, loin de converger, divergent. En effet, depuis des années, la Banque Centrale Européenne a « calé » sa politique monétaire sur la situation de
l'Allemagne, économie dominante de la zone euro. Première exportatrice mondiale, la puissance allemande a tiré l'euro vers le haut. Ces dernières années, la monnaie européenne s'est
appréciée au delà du raisonnable à l'égard de toutes les monnaies internationales, dollar, yuan, yen, mettant en péril la compétitivité de nombreuses économies des Etats de la zone euro, ce qui
explique en grande part leur faible croissance économique.
Un récent rapport du rapport du Conseil d'analyse économique[2] démontre que selon
le modèle Orex, une appréciation de 10% de l'euro par rapport à toutes les monnaies coûte environ 1,1 point de PIB à la zone euro au bout d'un an. Selon le modèle Nigem, la perte de PIB serait
d'un point de PIB au bout de deux ans et de 1,5 à 2 points après quatre ans.
La situation de l'Espagne, du Portugal et de la Grèce ne cesse de se détériorer. La Grèce a vu ses obligations
d'Etat être dégradées et notées A- , l'écart avec les obligations allemandes atteignant un record historique de 253 points de base. Quant à l'Espagne et au Portugal, leurs déficits
commerciaux s'élèvent à 10% de leur PIB, du jamais vu!
Cette situation désastreuse était cependant prévisible dès lors que l'euro est une monnaie parfaite pour un monde
parfait, qui n'existe pas, comme je l'avais fait remarqué à Jean-Claude Trichet, alors gouverneur de la Banque de France, lors de la mise en place de l'euro.
Aujourd'hui, face à un développement aussi asymétrique des économies des Etats au sein de la zone euro,
l'alternative est simple.
Selon une première hypothèse, les Etats riches, essentiellement l'Allemagne et, dans une moindre proportion la
France, aident massivement et surtout durablement les Etats en situation de déficit structurel pour qu'ils puissent faire face. Il s'agit là d'une hypothèse bien connue des économistes :
une Union monétaire entre économies asymétyriques conduit inéluctablement à une sorte d'union de transferts des plus riches vers les plus pauvres, même si, en l'occurrence, les traités
n'ont prévu aucune disposition à cette fin. Ce fut, notamment, le cas de la Tchécoslovaquie, morte le jour où la riche Tchéquie se refusa à payer pour la Slovaquie. Lorsque l'on sait les
négociations épiques entre Etats européens lors de l'élaboration des perspectives budgétaires de l'Union, qu'il nous soit permis de douter de la volonté des plus riches, eux-mêmes plongés dans
la tourmente économique, d'accepter de payer!
La deuxième choix, plus réaliste, est celui qui prévalut pour la Grance-Bretagne en 1992. Financièrement acculée,
elle sortit du Système monétaire européen, l'ancêtre de l'euro. En l'occurence, le risque d'une sortie de l'euro est bien ce qui se profile pour l'Espagne, le Portugal et la Grèce malgré toutes
les déclarations officielles tonitruantes sur le mode du jadis « nous ne dévaluerons pas... ».
Mais une troisième possibilité doit être envisagée en dernier ressort. Si la solution ne vient pas des Etats les
plus faibles, il se pourrait que l'Allemagne choisisse de sortir de l'euro. Une telle perspective bouleverserait évidemment dans ses fondements non seulement économiques mais aussi
politiques le système mis en place au moment de la création de l'euro.
Est-ce là une hypothèse si farfelue? Une chose est certaine, la cohabitation entre l'Allemagne, économie
dominante de la zone euro, et les Etats à économies faibles ne peut perdurer, et ce d'autant moins que les pays riches ne sont pas prêts à allouer aux pays faibles des crédits massifs et de
manière durable.
Par Laurent Pinsolle. L'économiste américain Paul Krugman est sévère avec les pays européens, dénonçant notamment l’échec du continent à
répondre efficacement à la crise financière. Et remettant en cause le bien-fondé de la création de l'euro...
Mon collègue Kiwi, Edgar, qui tient le blog La lettre volée,
a déniché une tribune de Paul Krugman, prix Nobel d’économie 2008 (plus précisément, du prix en mémoire d’Alfred Nobel). Une volée de bois vert pour les dirigeants de l’Europe, gouvernements
et BCE inclus.
Le constat du prix Nobel d’économie
La critique d’un économiste américain à l’égard des dirigeants européens paraîtra forcément suspecte aux yeux de beaucoup. Mais Paul Krugman n’est pas
un Américain comme les autres. Il passe pour un dangereux gauchiste pour le parti républicain, voir auprès de l’aile droite du parti démocrate. Il faut dire que dans son dernier livre «
L’Amérique que nous voulons », il prend en exemple le système de santé Français, des propos à la limite du communisme pour certains Américains…
La critique de Paul Krugman est extrêmement sévère. S’il reconnaît que le système de protection sociale plus protecteur permet d’amortir la crise, il dénonce « l’échec du continent à répondre
efficacement à la crise financière », « tant d’un point de vue fiscal que monétaire ». il soutient que l’Europe « affronte une crise aussi sévère que les Etats-Unis mais
qu’elle fait beaucoup moins pour combattre la récession ». Il attaque la BCE, « lente à baisser les taux » au contraire de la Fed.
Coïncidence amusante, la banque centrale Américaine a annoncé hier un renforcement de son soutien à l’économie. Si elle ne peut plus baisser ses taux d’intérêt, qui sont quasiment à zéro,
elle agit fortement sur les marchés. Elle a donc annoncé un programme de rachat de 300 milliards de dollars de bons du Trésor pour faciliter le financement de l’Etat fédéral et pousser les
taux longs à la baisse. Enfin, elle va racheter jusqu’à 1250 milliards de titres adossés à des actifs immobiliers pour fluidifier ce marché.
Pourquoi l’Europe n’est pas à la hauteur
Son analyse des raisons de la timidité européenne est particulièrement intéressante. Il dénonce les banquiers centraux « qui n’ont pas du tout pris la
mesure de la profondeur de la crise » et attaque violemment le ministre des finances Allemand dont il compare « les diatribes d’ignorant » à celles des républicains, ce qui n’est pas peu dire
pour lui. Paul Krugman soutient que le problème de l’Europe est le décalage entre une intégration économique très poussée et l’intégration politique.
On pourrait alors imaginer qu’il appelle à la constitution rapide d’un gouvernement européen digne de ce nom pour traiter les problèmes économiques actuels. Mais non, Paul Krugman soutient en
fait que c’est l’intégration économique qui est allée trop loin. Il soutient notamment que la création de l’euro a peut-être été une erreur dans la mesure où la seule solution qu’elle permet
à l’Espagne pour sortir de la crise est une baisse des salaires (au lieu d’une dévaluation), ce qui n’est pas acceptable.
Le constat du dernier prix Nobel d’économie, est un nouveau soutien de poids aux idées des partisans de toujours d’une autre politique, une nouvelle preuve de la pertinence du combat
enclenché par Philippe Séguin et Jean-Pierre Chevènement au début des années 90
Jacques Myard
député
président du Cercle Nation et République

A lire, une publication de recherche économique par Natixis, intitulée : "Quel avenir pour les pays de la zone euro
les plus pénalisés par la crise ?" (en date du 3 février 2009, et rédigée par l'économiste Patrick Artus).
Si l'auteur écarte l'hypothèse d'une sortie de l'euro, on notera l'argumentation très idéologique, et uniquement idéologique, qui justifie ce choix (l'hypothèse d'une sortie de la zone
euro n'est pas jugée "réaliste", sans que l'auteur n'argumente davantage).
En revanche, le papier est intéressant sur d'autres aspects :
* Il met en évidence la faille existentielle de l'euro, et montre comme la crise économique et financière la révèle au grand jour : "On risque
bien de voir apparaître la conséquence, annoncée depuis longtemps par les économistes, du fait que la zone euro n'a pas les caractéristiques d'une zone monétaire optimale : une situation
permanente, et très dangereuse, de chômage très élevé dans les pays affectés par un choc défavorable" (page 1).
Pour les non-initiés, une "zone monétaire optimale" est une région qui peut se permettre d'avoir une seule monnaie et une seule politique monétaire du fait de sa très grande homogénéité
économique C'est ce que la zone euro précisément n'est pas.
Un "choc défavorable" est le résultat d'une crise qui n'affecte pas tous les pays membres d'une même zone de la même manière, avec la même intensité. Ainsi, au sein de la zone euro, certains
pays sont plus touchés que d'autres en raison de leur position dans l'économie mondiale, leurs spécialisations, leurs caractéristiques propres.
* L'auteur cite quatre pays parmi les plus pénalisés par la crise et les effets amplificateurs de l'euro : l'Espagne, l'Irlande, la Grèce
et le Portugal.
* Il explique un autre défaut majeur de la monnaie unique, que nous avons à de nombreuses reprises souligné sur ce site : "la réaction de la
politique monétaire de la zone euro risque d'être inefficace : parce qu'elle est déterminée par la situation moyenne de la zone euro" (page 4). En d'autres termes, une même politique
monétaire, une seule monnaie sur un territoire aussi grand et varié que la zone euro ne permet pas de mener une politique fine adaptée aux besoins de chacun des pays, mais juste une politique
"moyenne". L'image la plus parlante est sûrement celle d'un hôpital dans lequel tous les malades recevraient le même traitement, une sorte de traitement "moyen". On imagine aisément que
certains d'entre eux n'y survivraient pas...
* Conséquence de cette situation, une explosion de la crise et du chômage dans les pays les plus touchés : "un choc asymétrique conduit à une hausse du chômage impossible à
corriger dans les pays affectés par le choc" (page 12).
"Impossible à corriger", parce qu'en l'absence de monnaie nationale il n'est pas possible d'utiliser la marge de manoeuvre monétaire.
* L'euro arrive donc au bout de ses contradictions. Ce qui devait arriver est en train d'arriver, avec pour conséquence selon l'auteur "un chômage de plus en plus
élevé, scénario très dangereux socialement et politiquement" (page 12).
Reste à faire sauter le verrou idéologique, qui interdit aux "élites" d'envisager la sortie de l'euro, pour sortir de cette impasse.
Aujourd'hui quatre pays européens, dont l'Espagne, souffrent tout particulièrement de l'euro. On aurait pu y ajouter l'Italie, qui s'interroge de plus en plus ouvertement sur une
réintroduction de la lire. Demain, quand ces pays seront noyés et que nous serons nous-mêmes très affaiblis par la crise, nous paierons tous dramatiquement les conséquences de la monnaie
unique.
Il est temps de réagir.
Sur ce site, nous avions écrit qu'il fallait anticiper une sortie de l'euro pour éviter qu'une crise ne nous dicte cette solution, en en payant le prix fort.
Faute d'anticipation, nous y sommes. Réagissons au moins le plus vite possible dans la crise, pour que ce prix ne soit pas trop élevé.
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