Nicolas Sarkozy devait s'envoler jeudi pour Pékin où il assistera à l'ouverture des Jeux Olympiques, un voyage express qui continue de faire polémique, après l'annonce qu'il ne rencontrerait pas le dalaï lama lors de sa prochaine venue en France.
Au cours d'une visite de quelques heures vendredi, le chef de l'Etat doit, après un passage par le village olympique et une rencontre avec les athlètes français, s'entretenir avec le Premier ministre Wen Jiabao et son homologue Hu Jintao, afin d'évoquer de "nouveaux projets communs".
Mais, quelques mois après le passage chaotique de la flamme olympique ayant suivi la répression des émeutes au Tibet en mars, les JO et l'attitude de la France face au régime chinois continuent
de susciter de fortes tensions.
Au final, le chef de l'Etat n'aura pas à trancher l'épineuse question d'une rencontre avec le chef spirituel et politique des Tibétains en exil, qui aurait fort déplu aux autorités
chinoises, sur fond de tensions persistantes entre les deux pays. Ces dernières avaient d'ailleurs brandi la menace "de conséquences graves".
Mercredi, le plus proche conseiller du dalaï lama Tenzin Takla a en effet affirmé qu'"aucune rencontre n'était prévue" pendant son séjour en France à compter du 11 août et qu'il n'y avait pas eu de "demande" dans ce sens.
"Le président de la République comprend les raisons qui conduisent le dalaï lama, compte tenu des circonstances présentes, à ne pas solliciter un entretien durant son séjour au mois d'août en France", a indiqué quelques heures plus tard l'Elysée dans un bref communiqué.
La présidence n'a pas précisé les "raisons" du leader tibétain, mais selon un porte-parole de l'UMP, Dominique Paillé, le dalaï lama souhaite ainsi "garantir la progression" du dialogue avec les autorités chinoises en tenant compte du "contexte chinois actuel, marqué par des attentats récents et meurtriers et une tension liée au bon déroulement des Jeux Olympiques".
Le président délèguera symboliquement son épouse, Carla Bruni-Sarkozy, à une "cérémonie religieuse présidée par le dalaï lama qui marquera l'inauguration le 22 août d'un important temple bouddhique", selon l'Elysée.
Cet épilogue intervient à la veille du voyage express du chef de l'Etat à Pékin, après qu'il eut longuement entretenu le suspense sur sa présence à la cérémonie d'ouverture.
Dans une interview à Chine Nouvelle le président français a célébré mercredi "l'amitié historique, indéfectible et inébranlable" entre Paris et Pékin, à qui il décerne même une "médaille d'or" pour l'organisation des JO.
Avant les festivités, Nicolas Sarkozy rencontrera son homologue Hu Jintao et le Premier ministre Wen Jiabao pour évoquer de "nouveaux projets" communs.
C'est finalement début juillet qu'il avait annoncé sa décision d'aller à Pékin comme président français, mais également président de l'UE, après "consultation" de ses partenaires européens.
Les numéros un d'Allemagne, d'Italie et de Grande-Bretagne s'en sont pour leur part dispensés.
"Choqué" par la répression des émeutes au Tibet en mars, le chef de l'Etat avait réservé sa réponse, la conditionnant à la reprise du dialogue entre les Chinois et les représentants du dalaï lama qui a bien eu lieu mais que ces derniers n'estiment pas fructueux.
Mais dans le même temps, il avait dépêché à Pékin plusieurs personnalités politiques pour tenter de calmer la colère des Chinois après le passage très houleux de la flamme olympique à Paris. Des appels au boycott des produits français avaient été lancés.
Nicolas Sarkozy est toujours attendu au tournant par les défenseurs des droits de l'Homme qui ont dénoncé sa venue aux Jeux.
Selon Daniel Cohn-Bendit, le chef de l'Etat s'est engagé à évoquer le sort de prisonniers politiques. A sa demande, trois listes de noms lui ont été confiées, a assuré l'eurodéputé.
"Pas de commentaire" côté Elysée, mais M. Paillé a assuré que le chef de l'Etat remettrait bien une liste à ses interlocuteurs chinois.

Une rencontre entre Nicolas Sarkozy et le dalaï lama aura lieu "avant la fin de l'année", a annoncé jeudi l'UMP dans un communiqué qui salue la présence du président français à la cérémonie d'ouverture des JO de Pékin, mais l'Elysée n'a pas souhaité faire de commentaire.
"La présence de son épouse (Carla Bruni-Sarkozy) à une cérémonie avec le dalaï lama le 22 août prochain et une prochaine rencontre avant la fin de l'année sont le signe que pour faire avancer la paix, mieux vaut le dialogue et le respect mutuel que la provocation et la violence!", a écrit l'un des porte-parole de l'UMP, Frédéric Lefebvre.
Mercredi soir, le "bureau du Tibet" en France avait indiqué dans un communiqué que le dignitaire bouddhiste "confirmait son souhait de rencontrer" le président français et avait assuré être "en contact avec les collaborateurs du président Sarkozy pour déterminer d'un commun accord le moment adéquat d'ici la fin de l'année pour une telle rencontre".
Le dalaï lama, arrivé lundi en France, entame mardi en région parisienne un périple essentiellement religieux, avec la bénédiction du temple bouddhiste de Veneux-les-Sablons (Seine-et-Marne) et une visite à la pagode vietnamienne d'Evry (Essonne), la plus vaste d'Europe.
Le chef temporel et spirituel du bouddhisme tibétain, 73 ans, est arrivé tôt lundi matin en provenance de Delhi (Inde), aussitôt pris en charge dans la plus grande discrétion par des membres de la communauté bouddhiste en France.
Il s'est ainsi rendu directement au temple bouddhiste Yiga Tcheudzine de Veneux-les-Sablons (Seine-et-Marne) pour s'y reposer et passer la nuit, avant d'entreprendre mardi un lourd programme de visites et d'enseignements dans toute la France.
Mardi, le dalaï lama, prix Nobel de la Paix, bénira le temple lors d'une cérémonie "privée", en présence de 600 personnes. Il doit à cette occasion prononcer une "prière pour la paix" et délivrer "un court enseignement sur les trois principes du chemin", a indiqué la porte-parole de ce temple.
Le temple accueille l'institut Ganden-Ling, un centre bouddhique fondé en 1978 par Dagpo Rimpotché, "premier lama à avoir posé le pied sur le sol français", en 1960, a-t-elle ajouté.
Mardi après-midi, le dalaï lama se rendra dans l'Essonne pour bénir le bouddha (4m de haut) de la pagode vietnamienne Khanh-Anh d'Evry, la plus grande d'Europe.
Il doit y prononcer une allocution et délivrer un enseignement sur l'essence du bouddhisme et sa contribution à la paix, selon le programme des organisateurs, devant quelque 1.500 fidèles.
Mercredi, une rencontre à huis clos au Sénat, avec les deux groupes parlementaires sur le Tibet, apportera la seule touche discrètement politique d'une visite, qui s'achèvera le 23 août et dont le temps fort sera une série de conférences données à Nantes, du 15 au 20 août.
Bien qu'un temps envisagée, aucune rencontre avec le président Nicolas Sarkozy n'aura finalement lieu, devant l'hostilité exprimée par Pékin. L'ambassadeur de Chine à Paris a récemment déclaré que "le Tibet est une affaire purement chinoise et le dalaï lama quelqu'un qui a une double face et un double langage".
Le 6 août, Nicolas Sarkozy avait confirmé qu'il ne rencontrerait pas le dalaï lama lors de cette visite en France, qui n'en demeure pas moins hautement symbolique au moment où les Jeux Olympiques se déroulent en Chine. Son épouse, Carla Bruni-Sarkozy, assistera toutefois à une cérémonie présidée par le dignitaire tibétain le 22 août, à Roqueredonde (Hérault), pour l'inauguration d'un temple.
Depuis Pékin, où il a assisté à la cérémonie d'ouverture des JO, M. Sarkozy a indiqué qu'il aurait l'occasion de rencontrer le dalaï lama ultérieurement, sans précision de date.
Samedi, Matthieu Ricard, moine bouddhiste interprète français du dalaï lama, avait justifié le report d'une rencontre entre les deux hommes en soulignant que pendant les Jeux Olympiques, elle serait apparue comme "une provocation" avec pour seul résultat "un durcissement du gouvernement chinois".
Il avait en même temps évoqué "un contraste ahurissant entre la terreur" qui continue au Tibet et "la magnificence des JO", qui se déroulent en Chine.
En France, 770.000 personnes, dont les 3/4 sont d'origine asiatique, se réclament du bouddhisme, selon l'Union bouddhiste de France.
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