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11 juin 2009 4 11 /06 /juin /2009 13:45
Ces dernières décennies, personne n'a mieux incarné les liens intimes entre la France et l'Afrique qu'Omar Bongo. Ce sont plus de 40 ans de relations très particulières entre l'ancienne puissance coloniale et son meilleur allié sur le continent africain.
 

 

Le conseiller de l'Elysée pour les Affaires africaines, Jacques Foccart (g), accueille le président gabonais Omar Bongo, le 15 novembre 1973 à Paris, dans le cadre de sa visite officielle en France. : AFP)

La vie politique d'Omar Bongo se confond avec celle de la Ve République en France.

Jamais sans doute, un chef d'Etat africain n'aura été aussi proche, pour ne pas dire plus, des cercles du pouvoir français. Et c'est d'ailleurs l'une des éminences grises de la Ve République qui lui met le pied à l'étrier. Celui qui s'appelait à l'époque Albert Bernard Bongo succède en 1967 au premier président Gabonais, Léon Mba, avec la bénédiction du tout puissant monsieur Afrique du général De Gaulle. Jacques Foccart a pour le moins une très forte influence sur le nouveau président gabonais.

Dans ses mémoires* M. Foccart racontera en ces termes un entretien avec le président gabonais, en visite à Paris, en avril 1968 : « Bongo vient comme prévu à 10h30 et il ne part que vers 18h. C'est dire que nous avons de très longues conversations, qui manifestement sont essentielles, car nous avons pu mettre au point beaucoup de choses sur la politique que le Gabon doit suivre ».

Le jeune président - il n'a que 32 ans - va fonder le parti unique, le PDG (parti démocratique gabonais) sur lequel il va s'appuyer pour régner en maitre. Pendant plus de vingt ans, le Gabon, transformé en eldorado pétrolier sous la houlette de la société Elf, va être le pivot de la politique africaine de la France.

C'est l'âge d'or de la françafrique, expression créée pour illustrer les relations incestueuses entre Paris et les capitales du pré carré. « Le Gabon sans la France, c’est une voiture sans chauffeur, la France sans le Gabon, c’est une voiture sans carburant », écrivait dans les années 80 Omar Bongo, au faite de sa gloire et de sa puissance.

L'accession du socialiste François Mitterrand à la magistrature suprême en 1981 ne changera rien. Roland Dumas, avocat, ami de François Mitterrand et chef de la diplomatie française, maintient le lien entre Paris et Libreville durant le premier septennat socialiste.

L'heure de la contestation

Il faudra attendre 1990 et le discours du même Mitterrand à la Baule, pour que le régime de parti unique du président Bongo soit ébranlé. Sous la pression de la rue, et notamment d'émeutes dans la cité pétrolière de Port Gentil, le multipartisme est instauré. Mais grâce à un système clientéliste bien huilé, Omar Bongo va réussir à se maintenir au pouvoir. Les opposants les plus irréductibles finissent par rentrer dans le rang. En 2002, l'un des plus farouches opposants au régime, le Père Paul Mba Abessole entre au gouvernement.

Les élections présidentielles se suivent et se ressemblent. Omar Bongo Onimba est réélu sur fond de contestations sans lendemain. Mais à l'abri des regards indiscrets, dans les villas hollywoodiennes des barons du régime, la guerre de succession se prépare. Plusieurs dignitaires du système, mais aussi le fils du président, Ali Bongo, ministre de la Défense, fourbissent  leurs armes.

L'un des membres du premier cercle, fidèle parmi les fidèles, fait défection. Zackarie Myboto, quitte l'ex parti unique et crée son propre mouvement politique. Le palais de marbre qui surplombe l'océan se transforme alors en théâtre d'ombres, où les clans s'affrontent à fleurets mouchetés.

Le temps des affaires

Soutenu par son ami, Jacques Chirac, Omar Bongo affronte en 2001, une tempête politico-diplomatique avec le grand déballage de « l'affaire Elf ». De fins connaisseurs des arcanes de la vie politique gabonaise se retrouvent dans le box des accusés. Roland Dumas, Loik Le Floch Prigent, Alfred Sirven et André Tarallo, le Monsieur Afrique d'Elf. Les tensions entre Paris et Libreville persistent. Omar Bongo assiste, dépité, à l'affadissement des relations franco-gabonaises.

Le président Bongo devient la cible de plusieurs ONG qui critiquent sa gestion. Pire, son patrimoine immobilier à Paris fait l'objet de procédures judiciaire... Nicolas Sarkozy, adepte de la « rupture» lors de son accession à la magistrature suprême, tente d'apaiser la colère de ce vieil allié, dont les secrets pourraient embarrasser beaucoup de dirigeants français, de droite comme de gauche.

Omar Bongo apparait de plus en plus fatigué. Il ne supportera pas le décès d’Edith Lucie Bongo Ondimba, au Maroc le 14 mars dernier. Très affaibli, Omar Bongo sera évacué vers une clinique espagnole, à Barcelone, officiellement pour « se ressourcer dans le repos ».

*Extraits "Le général en Mai" Jacques Foccart. Journal de l'Elysée II

HÉRITAGE DURABLE DES ANNÉES DE COLONISATION

L’étrange influence des francs-maçons en Afrique francophone

IMPORTÉE par l’Europe, la franc-maçonnerie est singulièrement présente en Afrique francophone, mais aussi en Afrique anglophone, tout comme en Amérique latine ou aux Etats-Unis : le « Libertador » Simon Bolivar et le président Roosevelt étaient maçons. Elle est souvent très proche du pouvoir, comme au Gabon, où le président Omar Bongo est l’éminence grise des obédiences locales. Dans les multiples crises qui accompagnent la démocratisation en cours du continent, les francs-maçons africains s’efforcent souvent de jouer un rôle de médiateur.

Au Congo-Brazzaville, l’ancien président congolais Denis Sassou Nguesso et son successeur Pascal Lissouba sont tous deux francs-maçons, mais d’obédiences différentes : M. Lissouba a été initié au Grand Orient (GO) de France, et M. Sassou Nguesso appartient à une loge sénégalaise affiliée à la Grande Loge nationale française (GLNF). A la suite des récents affrontements entre leurs milices armées dans la capitale, des francs-maçons français et africains - de la Grande Loge de France (GLF), de la Grande Loge unie de Côte-d’Ivoire et des Grands Orients et Loges unies du Cameroun (Goluc) - ont joint leurs efforts pour rétablir la paix, sans succès jusqu’ici (1). Cet exemple en dit long sur l’influence des francs-maçons en Afrique francophone.

Depuis la création de la première loge par le GO, en 1781, à Saint-Louis du Sénégal, plusieurs francs-maçons ont illustré l’histoire de la colonisation française. Tout d’abord les deux promoteurs de l’abolition de l’esclavage, l’abbé Grégoire sous la Révolution, et Victor Schoelcher, secrétaire d’Etat à la marine sous la IIe République, qui le fit supprimer définitivement en 1848 - l’esclavage avait été entre-temps rétabli par Napoléon Ier (2). Puis Abd El Kader, reçu en 1864 au Grand Orient, lequel voulait manifester ainsi à l’émir algérien la reconnaissance des Français pour la protection qu’il avait accordée, dans son exil syrien, aux chrétiens de Damas lors des massacres de 1860. Le grand artisan de l’expansion coloniale française, Jules Ferry, était également franc- maçon. Comme le sera le gouverneur des colonies Félix Eboué, un Noir originaire de Guyane qui, en 1940, rallia le Tchad à la France libre, entraînant toute l’Afrique-Equatoriale française et le Cameroun aux côtés du général de Gaulle au moment où le régime de Vichy promulguait les lois antimaçonniques et antijuives.

Les francs-maçons (ou « frères de lumière », comme on dit parfois) furent assez nombreux dans l’administration coloniale. Après la seconde guerre mondiale, ils militèrent, pour la plupart, pour l’indépendance des territoires africains d’outre-mer, et de plus en plus d’Africains rejoignirent les loges. Après 1960, l’année des indépendances, la franc-maçonnerie a continué à essaimer, en s’africanisant et en s’émancipant par rapport aux obédiences françaises. Dans plusieurs pays africains francophones, des obédiences nationales se sont créées, qui ont néanmoins conservé des liens plus ou moins étroits avec les françaises, dont elles reflètent parfois les clivages.

Comme on sait, la franc-maçonnerie est multiple, voire morcelée, plus peut- être en France qu’ailleurs (3). Le clivage le plus net est celui qui sépare le Grand Orient des autres loges. A l’opposé des autres rites, le GO n’invoque pas, dans sa Constitution, le Grand Architecte de l’Univers, c’est-à-dire Dieu, et ses membres ne prêtent pas serment sur la Bible. La Grande Loge de France et la Grande Loge nationale de France reconnaissent le Grand Architecte de l’Univers, mais seule la GLNF est reconnue par la Loge unie d’Angleterre, l’obédience mère de la franc- maçonnerie mondiale.

Les francs-maçons français continuent, bien sûr, à s’intéresser à l’Afrique : sous la Ve République, deux francs- maçons au moins ont été à la tête du ministère de la coopération, le socialiste Christian Nucci, du GO, et le gaulliste Jacques Godfrain, de la GLNF (4). M. Guy Penne, l’ancien conseiller aux affaires africaines de François Mitterrand à l’Elysée entre 1981 et 1986, est membre du GO. Et l’ambassadeur Fernand Wibaux, conseiller personnel pour les affaires africaines du président Jacques Chirac (aux côtés de Jacques Foccart, récemment décédé), a été initié au GO.

D’une manière générale, les obédiences nationales de l’Afrique francophone sont issues d’une fusion des loges du GO et de la Grande Loge de France, qui existaient avant l’indépendance. C’est le cas du Grand Rite équatorial gabonais (GRE), des Grands Orients et Loges unies du Cameroun, des Grands Orients et Loges associées du Congo (Golac) et du Grand Bénin. Mais au Gabon, à côté du GRE, existe une Grande Loge nationale, affiliée à la GLNF. En Côte-d’Ivoire, coexistent plusieurs obédiences, dont la Grande Loge unie et la Grande Eburnie, proches respectivement de la GLF et du GO. Au Togo, subsistent des loges du GO et de la GLF.

Au Sénégal, les loges du GO et de la GLF ont également conservé leur affiliation respective, mais la GLNF est également présente. Si les francs-maçons du Togo et du Sénégal n’ont pas créé d’obédience nationale, c’est parce qu’ils craignaient, assure-t-on, que celle-ci ne soit infiltrée par le pouvoir en place et n’en devienne un instrument, ce qui est parfois le cas dans d’autres pays.

Quoi qu’il en soit, la plupart des obédiences plus ou moins liées au GO et à la GLF participent aux Rencontres humanistes et fraternelles africaines et malgaches (Rehfram), qui se réunissent chaque année depuis 1992 dans une capitale africaine, et auxquelles sont invitées ces loges françaises. Les deux dernières réunions ont eu lieu en 1996 à Libreville, au Gabon (avec 400 participants), et en 1997 à Cotonou, au Bénin (avec 600 personnes, dont des délégués de plusieurs pays d’Europe).

Les loges africaines affiliées à la GNLF - qui fait, en l’occurrence, cavalier seul - ne participent pas à ces rencontres. La GLNF a essaimé ces dernières années en Afrique noire, et cette avancée de la seule obédience française reconnue par la Grande Loge unie d’Angleterre et par la maçonnerie américaine agace les autres loges françaises, où certains la considèrent comme le cheval de Troie de l’influence anglo-saxonne sur le continent africain, ce dont elle se défend énergiquement.

Aucune loge des anciennes colonies britanniques n’est conviée aux Rehfram (elles sont aussi divisées entre obédiences liées à la Grande Loge unie d’Angleterre, à celle d’Ecosse ou celle d’Irlande, comme par exemple au Nigeria, au Zimbabwe, au Kenya et en Ouganda). En revanche, le GO du Zaïre, une émanation du GO de Belgique, prend part à ces réunions « humanistes et fraternelles » entre loges d’Afrique francophone.

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Published by Militant - dans Politique
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walkmindz 11/06/2009 19:24


Just a friend from Africa
Entre les réseaux de bienséances et la raison économique, se trouve un territoire vide de sens.
Même le meilleur des partenariats peut toucher à sa fin, à sa faim, plus en temps de crise que de famine.
Depuis que l’anticolonialisme festif a laissé sa place à un mariage de convenance sans amour, la culpabilité d’usage a construit des repentances saisonnières.
La suite ici
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