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13 mars 2010 6 13 /03 /mars /2010 16:48
1 mars 2010 22:00
Le génocide du Rwanda

A l’occasion du tout récent voyage de notre Président de la République à Kigali, la France et le Rwanda viennent de se réconcilier. C’est une bonne nouvelle pour les deux pays.

Leurs relations étaient tendues depuis longtemps, et même carrément rompues depuis novembre 2006. Cette rupture faisait suite aux mandats d’arrêt lancés par le juge anti-terroriste français Bruguière contre neuf personnalités rwandaises proches du Président Kagamé; le juge les  soupçonnait d’avoir commandité, en avril 1994, l’assassinat du Président rwandais de l’époque, Juvénal Habyarimana, mort dans un attentat perpétré contre l’avion qui le transportait en compagnie, notamment, de son homologue du Burundi.

Le Président Kagamé contestait formellement cette accusation et mettait en cause, de son côté, les extrémistes hutus qui, par cet attentat, auraient donné le signal du génocide qu’ils préparaient contre les Tutsis. Une commission d’enquête constituée à Kigali a établi et diffusé un rapport qui conclut en ce sens et qui taxe aussi de complicité de génocide plusieurs personnalités françaises dont Hubert Védrine, Edouard Balladur, Dominique de Villepin, François Léotard , moi-même et plusieurs officiers de l’armée française. Sur ce point, le rapport n’est évidemment qu’un tissu d’allégations mensongères. Mais la technique du contre-feu est vieille comme le monde…

Je n’ai, pour ma part, aucun élément qui me permette de trancher entre les deux thèses en présence sur l’attaque de l’avion des Présidents du Rwanda et du Burundi. Je souhaite que la vérité soit faite un jour sur ces événements.

J’ai en revanche quelques convictions précises, voire quelques certitudes sur la politique de la France au Rwanda d’avril 1993 à avril 1995, période où j’ai été ministre des affaires étrangères du gouvernement Balladur, sous la présidence de François Mitterrand.

Ce que je sais, c’est qu’à l’époque, loin de prendre parti pour un camp contre l’autre, le gouvernement français a tout fait pour réconcilier le gouvernement du Président Habyarimana, légalement élu, et le leader du Front Patriotique Rwandais (FPR) , le colonel Kagamé qui, de l’Ouganda où il se trouvait en exil, se lançait dans la reconquête du territoire de son pays. C’est ce qu’on a appelé le processus d’Arusha, du nom de la ville de Tanzanie où se déroulaient les négociations. Ce processus, lancé dès 1992 , a abouti en août 1993 à une série d’accords qui actaient la réconciliation nationale, le départ des troupes françaises présentes au Rwanda, la mise en place d’une force des Nations Unies, la MINUAR, pour surveiller la bonne application de l’accord, et la création d’un gouvernement de transition consacrant la réintégration des exilés tutsis.

Nous avons presque réussi à convaincre les parties de respecter cet accord. Nous avons retiré les forces françaises de l’opération Noroît qui étaient présentes sur le sol rwandais depuis octobre 1990 pour protéger les 600 ressortissants français du Rwanda (à l’exception de 24 coopérants militaires dans le cadre d’un détachement d’assistance technique). Une Assemblée nationale de transition s’est installée en mars 1994. Bref le processus de paix semblait bien engagé… jusqu’à l’attentat du 6 avril 1994 qui a évidemment ruiné les efforts de la diplomatie française. 

Ce que je sais aussi, c’est que loin de se taire sur ce qui s’est alors passé au Rwanda, le gouvernement français a, par ma voix, solennellement dénoncé le génocide dont des centaines de milliers de Tutsis étaient les victimes. Je l’ai dit le 15 mai 1994 à l’issue de la réunion du Conseil des Ministres de l’Union Européenne à Bruxelles, et de nouveau le 18 mai à l’Assemblée Nationale au cours de la séance des questions d’actualité.

Ce que je sais, c’est que la communauté internationale a fait preuve d’une passivité, voire d’un “aveuglement” scandaleux. Malgré ce qui se passait sur le terrain et que l’on savait, malgré les appels de son Secrétaire général en exercice, Boutros Boutros-Ghali, qui réclamait l’envoi rapide de 5 000 Casques bleus, le Conseil de Sécurité a été incapable de prendre la moindre décision… sauf celle de ramener les effectifs de la MINUAR de 2548 à 270 hommes (21 avril 1994).

Devant la carence de la communauté internationale et les obstacles mis par certaines grandes puissances aux demandes du Secrétaire général de l’ONU, la France a été la seule à avoir un sursaut de courage. J’ai longuement expliqué, à l’époque, l’initiative qui a abouti à l’opération Turquoise, c’est-à-dire à l’envoi d’une force internationale, principalement constituée de militaires français. Le gouvernement français a obtenu le feu vert du Conseil de Sécurité par la résolution  n°929 en date du 22 juin 1994. Le Secrétaire d’Etat américain, Warren Christopher, m’a fait personnellement part de son admiration pour cette initiative de la France.

Ce que je sais enfin, c’est que l’opération Turquoise s’est exactement déroulée dans les conditions fixées par la résolution des Nations Unies. Elle a permis de sauver des centaines de milliers de vies. Je me souviens de l’accueil que réservaient à nos soldats les réfugiés qui fuyaient les combats opposant le FPR (Front Patriotique Rwandais du colonel Kagamé) et les FAR (Forces Armées Rwandaises). Turquoise a également protégé des dizaines de sites de regroupement de civils tutsis et permis  aux ONG d’accéder en toute sécurité à ces populations. Son mandat n’était en aucune manière de faire la guerre, mais de mener une opération humanitaire, nettement définie dans le temps et dans l’espace. Elle l’a remplie dans des conditions qui font honneur à l’armée française et à notre pays. Jusqu’à ce qu’enfin arrivent sur place les Casques bleus de la MINUAR II, fin août 1994.

Tout cela, je l’ai déclaré en détail devant la mission parlementaire sur le génocide du Rwanda qu’a présidée en 1998 M. Paul Quilès. On peut se référer à ses conclusions,  ou , si l’on cherche un texte plus synthétique, à l’article que Paul Quilès a publié le 28 mars 2009 dans le Figaro, sous le titre “Rwanda: cessons de diaboliser la France”. 

Aujourd’hui, il est utile que la France et le Rwanda dissipent les malentendus et se réconcilient. Il reste nécessaire que les coupables de cet abominable génocide soient poursuivis, traduits en justice et châtiés, où qu’ils se trouvent.

Mais il ne serait pas acceptable de ré-écrire une autre Histoire.

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Published by Militant - dans Politique
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commentaires

BIGIRA 03/05/2010 01:39



Comme l'a dit Monsieur Juppé, c'est la France qui a fait le FPR et Kagame.


1/ Alors qu'il avait bouté hors frontière du Rwanda par les FAR, c'est la France de Mitterrand qui  fait pression sur le président Habyalimana pour qu'il négocie avec le FPR, en somme pour
qu'il reconnaisse le FPR comme une organisation politico-militaire interne rwandais, alors qu'il n'était qu'un groupe de criminels notoires.2- C'est la France qui a fait pression sur président
Habyalimana pour qu'il mette en place une nouvelle constitution, celle de juin 1991 qui le dépouillait de tous ses pouvoirs au profit du premier ministre issu de l'oppostion ( article 51 et
suivants) qui était le véritable patron de l'Exécutif.3- C'est la France qui a parrainé les négociations entre le gouvernement rwandais dirigé par Nsengiyaremye et le FPR, négociations qui ont
abouti à l'accord de paix d'Arusha.4- C'est  la France qui a soutenu l'opposition contre le président Habyalimana. L'illustration en est qu'ellea bien accueilli le premier ministre
Nsengiyaremye dont le gouvernement est impliqué dans la planification du génocide des Tutis, dit la France par ces services publics, OFPRA, CNDA, et Conseil d'Etat dans leurs décisions négatives
contre certains rwandais dont la veuve du feu président Habyalimana, considérée et traitée par la France comme auteur principale de la planification du génocide des tutsi sous les gouvernements
Nsengiyaremye et Uwilingiyimana.5- C'est Monsieur Juppé qui, le premier au nom de son pays a parlé du génocide des tutsi par les Hutu, en ignorant que des milliers de femmes, enfants et hommes
Hutu de tous âges et conditions qui étaient dans les zones sous contrôle du FPR étaient impitoyablement exterminés pour ce qui ils étaient. 6- La France a gardé le silence sur l'assassinat du
président Habyalimana et ses citoyens pour ne pas gêner Kagame.7- La France a tout fait pour  satisfaire les capricesde Kagame à tel point qu'elle a même systématiquement rejeté
les demandes d'asile politique des anciens collaborateurs du président Habyalimana y compris ceux qui étaient à la retraite depuis plusieurs années d'une part et qualifiée le feu président
Habyalimana de planificateur du génocide des tutsi, curieusement sous le gouvernement d'opposition.8- C'est une constante historique, la France a toujours été pro-tutsi. C'est pour
des raisons conjocturelles qu'elle prétendait ami du Rwanda sous Habyalimana comme l'a dit le président Giscard d'Estaing sur une télévision française, comme en témoigne la visite et
les propos du président Sarkozy au Rwanda, après des humiliations publiques de son pays par Kagame et le traitement infiligé à la veuve du président Habyalimana par les autorités
Françaises. En effet, il est deifficile de comprendre comment les autorités françaises puissent oser affirmer qu'une femme qui vient de perdre son mari et son frère dont les morceaux
des corps ont été retrouvés vers 3 heures du matin a ordonné les militaires de l'armée rwandaise d'exterminer les tutsi, qu'elle a fait assassiné son mari, ce qui paraît contradictoire
car les services publicset autorités  français affirment  à la fois que le feu président Habyalimana a planifié le génocide des tutsi et que se veuve l'a fait assassiné
par la garde présidentielle.9- Alors que le TPIR n'a jamais prétendu détenir les preuves de planification du génocide des tutsi et des auteurs ainsi que celles de l'existence d'AKAZU et ses
membres, seule la FRANCE prétend en disposer (lire les décisions de la CNDA et les arrêts du Conseil d'Etat sur les Rwandais). La France a donc tout fait pour montrer qu'elle
est avec les Tutsi mais leur président est ingrat à l'égard de celle-ci. Kagame et son FPR doivent leur existence à la France car si la France l'avait voulu, il aurait
mis définitivement hors d'état de nuire et sans conséquence aucune. Il en de même aujourd'hui. Il suffit d'accepter les plaintes qui ont été déposées par des familles des victimes Hutu
de Kagame et actionner l'intéressé. Ce qui est facile cela d'autant plus que Kagame a reconnu lui-même ses crimes contre des millions de Hutu aussi bien au Rwanda qu'au Zaïre. Par
ailleurs, la France peut égalemetn demander au Conseil de Sécurité de l'ONU de créer une commission intenternationale d'enquête sur les crimes qui ont été commis les militaires du FPR contre
les Hutu à l'instar de la Commission sur l'assassinat de Rafik Haliri.Sous Habyalimana , la France a toujours voté l'emargo sur les armes contre l'Etat Rwandais alors qu'elle vendait les
armes au FPR via l'armée burundaise. Ce fait est de notoriété publique.Une question qui se pose est de savoir pourquoi est aussi ingrat à l'égard de la France et ses autorités?


  


5-


 



NYIRAMUSENYI 06/04/2010 15:41



Monsieur DELAIRE,


Sans vous offenser, on voit par là la réaction primaire du "ça se passe loin de chez nous" donc on va pas s'en mêler" et puis on les aide, ils nous critiquent...


Pensez-vous que les personnes victimes de la shoah ont demandé à être massacrées? ou ont fait quelque chose de si coupable pour être éradiquées?. Pourtant on a pas arrêter de fustiger ceux qui
par peur se sont de façon coupables abstenus de dénoncer ces situations


La France a porté toujours soutenu les dictatures les plus veules en Afrique et tant qu'elles servent leurs intérêts Le génoide rwandais, était EVITABLE Monsieur, MITTERAND et les ministres de
l'époque ont eu une abstention et un silence COUPABLE qui a décimé près d'un million de Batutsi et Bahutu dits modérés, c'est à dire qui par leurs actions ont tenté d'empêcher les tueries



NYIRAMUSENYI 06/04/2010 15:12



Quand Monsieur JUPPE dit encore que l'opération TURQUOISE a réalisé sa mission au Rwanda conformément à ce qui était prévu par la Résolution des Nations Unies, je lui répondrai qu'heureusement
qu'il ne se trouvait pas là bas à ce moment.....


Il faut qu'il se souvienne que c'est quand même sous la supervision de la mission TURQUOISE que des femmes tutsi ont été enlevées, violées et tuées dans les camps de réfugiés où elles étaient
censées recevoir asile et protection.


Ce n'est qu'en mai 1994, qu'il a dénoncé la situation rwandaise,alors que dès les premières heures du génocide, c'est à dire officiellement le 6 avril 1994 et pendant 3 mois le peuple rwandais se
tuaient avec des machettes et toutes sortes d'armes rudimentaires.


Qu'on ne viennent pas fustiger la communauté internationale via l'ONU, c'est tout l'occident et en particulier la France qui avait des liens privilégiés avec le Président assassiné qui a fait
preuve d'aveuglement et de laissez-faire


Il faut qu'il reprenne le livre de SAINT EXUPERY Patrick, journaliste d'investigation, alors il resituera les rôles et les abstentions des uns et des autres....



Jacques-Daniel DELAIRE 06/04/2010 15:09



C'est votre vérité et c'est la sienne ! Ne critiquez pas trop la France, elle aurait peut-être mieux fait de ne pas s'en mêler, pour avoir les retours qu'elle en a eu...! Ces massacres ethniques
sont affaires africaines, on y paerd beaucoup à vouloir aider, dans un cadre juridique imprécis ! C'est comme une scène de ménage quand on veut séparer les époux en bagare, on prend des coups !



NYIRAMUSENYI 06/04/2010 14:54



Comment Monsieur JUPPE peut dire que HABYARIMANA était un Président légalement élu? Il faut retourner à l'Histoire du Rwanda pour savoir que Juvénal HABYARIMANA a pris le pouvoir en 1973 par un
pustch militaire contre Grégoire KABAMDA. Progressivement il s'est instauré un régime de dictature à parti unique le MRND qui a exclut de la vie politique administrative et militaire tout
rwandais TUTSI.


Je pense qu'en restaurant les choses dans leur contexte on peut avancer dans la discusssion.


HABYARIMANA bénéficiait de toutes les faveurs de la France. C'était la belle France Afrique



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