Echanges libres sur la politique et l'économie d'un franchouillard de droite politiquement parfois incorrect !

Nicolas Sarkozy a rangé jeudi, pour quelques heures, son costume de «président du monde». Un surnom que lui ont trouvé ses amis lors de ses vacances au cap Nègre, depuis qu'il est président en exercice de l'Union européenne. C'est au contraire dans les habits du président «des plus démunis», à Laval, que le chef de l'État a fait sa rentrée en politique intérieure. Le prétexte en était le lancement officiel du projet de revenu de solidarité active. C'est depuis la Mayenne, département pilote dans la mise en œuvre du RSA, que le chef de l'État a offert au Parti socialiste, à la veille de son université d'été à La Rochelle, «un cadeau de rentrée», selon l'expression d'un proche.
Après avoir suscité un malaise dans l'opposition, en juillet, lors du vote de la réforme des institutions, Nicolas Sarkozy s'est fait un malin plaisir de défendre un projet pour lequel Martin Hirsch, l'ex-patron d'Emmaüs venu de la gauche, a rejoint le gouvernement Fillon. «À tous ceux qui vivent avec au ventre la peur de ne plus pouvoir se nourrir, je veux dire que la France ne les abandonnera pas », a juré le chef de l'État. L'aide au retour sur le marché du travail des chômeurs de longue durée était «une promesse de campagne» , rappelle son entourage.
Sarkozy a martelé qu'il avait été «élu sur la valeur travail» et qu'il avait promis d'en finir avec trente ans «d'assistanat». Mais il a surtout voulu justifier son choix en faveur du financement d'un dispositif qui suscite de vives réserves dans son camp. Outre Laurence Parisot, présidente du Medef, plusieurs élus de la majorité, Édouard Balladur en tête, ont exprimé leur désaccord sur la voie de financement choisie. «J'assume le RSA, j'assume l'Afghanistan, j'assume les décisions que je prends », a répondu, jeudi, Sarkozy. «En France, on veut toujours faire la réforme parfaite, et comme on n'y arrive pas, on ne la fait pas. Moi je veux la réforme continue», a-t-il enchaîné, en réponse à ceux qui, dans la majorité, regrettent que l'on crée un nouvel impôt une taxe de 1,1 % sur les revenus du capital pour financer une nouvelle dépense.
«Le débat sur le RSA me rassure sur la vivacité de la démocratie française», a-t-il noté. Selon son entourage, la décision de taxer le capital a finalement été entérinée lors d'une réunion à l'Élysée le 18 août dernier. «L'hypothèse de redéployer une partie de la prime pour l'emploi a été abandonnée parce que nous traversons une période de croissance faible. Il ne nous a pas paru efficace d'amputer le pouvoir d'achat à un moment où il faut soutenir l'activité économique.» En fait, le centriste Jean Arthuis, qui accueillait le chef de l'État comme président du conseil général de la Mayenne, a résumé le sentiment qui prédomine à l'Élysée : en cette période de vaches maigres, le gouvernement a choisi «la moins mauvaise solution» pour financer le RSA.
L'Élysée compte aussi sur le bénéfice secondaire d'une telle initiative : renouer avec les classes populaires. «L'année dernière, les socialistes ont gagné la bataille de la communication contre la loi Tepa en faisant croire que c'était un cadeau aux riches, cette fois-ci, nous démontrons clairement que nous n'avons pas une politique de classe.» Après cette première sortie dans la France qui travaille, Nicolas Sarkozy est retourné au cap Nègre, pour terminer ses vacances.