ATTENTAT. Le fracas du véhicule lancé contre la grille de clôture de la Synagogue de la rue Rembrandt à Toulouse hier soir lundi à 21h50 a fait sortir la poignée de fidèles qui y étaient réunis.
L’incendie consécutif du bolide n’a alors plus fait de doute. C’est un attentat qui visait le lieu de culte juif sous le périphérique de la ville, entre l’hippodrome et le quartier sensible de Bagatelle.
La synagogue elle-même est intacte. De même que les arbres qui la séparent des propriétés voisines. Ce sont les esprits qui se sont tout de suite incendiés.
Très tôt sur les lieux, les forces de police ont repéré un second véhicule prêt à l’emploi criminel, avec trois cocktails Molotov à son bord. Il aurait été abandonné avant son utilisation.
Désolé par cette manifestation de la «bêtise humaine», le président de la Maison de quartier de Bagatelle est au moins soulagé qu’il n’y ait «aucun blessé à déplorer». «Ce lieu de culte a toujours été protégé par tous», observe Hafid ElAlaoui qui anime depuis cinq ans dans le quartier les Rencontres interculturelles musulmans, juifs et chrétiens. Les images télévisées du conflit dans la bande de Gaza auront selon lui «attisé les haines de quelques esprits crétins».
Anaëlle Khelif, la présidente toulousaine de l’Union des étudiants juifs de France (UEJF) parle, elle, d’une «montée fulgurante de l’antisémitisme» en France. Elle décrit «chaque juif français» comme pouvant devenir une «cible potentielle de la haine». «Nous ne voulons pas revivre le même cauchemar qu’en 2001», conclut-elle en avouant ne pas pouvoir décrire ce que fut ce cauchemar. «Le mot est peut-être un peu fort. Il peut faire très peur». Elle a choisi de l’employer, dit-elle, pour «percuter les esprits».
C’est encore Jean-Marc Izrine qui est le plus accablé. Ce syndicaliste militant d’une association d’insertion professionnelle dans un quartier populaire voisin de celui de Bagatelle revendique son appartenance à la communauté juive. Mais il en rejette le discours dominant : «Il y a une langue de bois de cette communauté, dit-il. Il faudrait croire que tous ses membres sont pour la paix et aiment les palestiniens». Il leur répond qu’Israël étant un état démocratique, ils n’ont qu’à y appuyer le «bloc de la Paix» plutôt que de «soutenir le vote pour les Faucons en jouant le réflexe identitaire».
Ce discours dominant «en contradiction flagrante avec les images du conflit vues tous les jours à la télé» aurait selon lui pour premier effet d’enfermer l’éventuelle communauté beur dans le rejet : «les jeunes autour de moi sont déjà exclus socialement. Ils ne supportent pas de devoir subir en plus cette langue de bois qui ferait des Arabes les méchants de l’affaire». Jean-Marc Izrine a raté la première. Il promet d’être de la prochaine manifestation de soutien aux Palestiniens de la bande de Gaza, «par internationalisme».
Si le «discours sioniste» peut y paraître dominant, développe-t-il, l’homogénéité de la communauté juive n’est selon lui qu’apparente. L’Union des Juifs pour le progrès défend des positions humanistes et «assume une judaïté critique, explique-t-il. Mais on ne voit et n’entend jamais que les organisations officielles».
Il y a cinq ans, la synagogue du quartier toulousain d’Empalot a déjà subi une agression semblable. La Maison de quartier de Bagatelle a alors fait signer une pétition de soutien et organisé des rencontres avec le rabbin des lieux. Ledit rabbin parti, sa communauté n’aurait pas donné de suite, regrette Hafid ElAlaoui. Les réactions communautaires ne sont pas les plus faciles à surmonter.
Ce mardi à 11h30, l’attentat de la nuit n’a toujours pas été revendiqué. Á deux rues de là, revenant de faire ses courses, un musulman pratiquant hausse des épaules : «ce ne sera jamais revendiqué. Ce sont des imbéciles sans suite dans les idées qui ont fait ça». Anaëlle Khétif préfererait en être convaincue.
GLv. Libération Toulouse