Depuis trente ans, l'une des choses les plus précieuses qui existait en France était le consensus sur les questions de défense entre la droite et la gauche (PS). Ce consensus est aujourd'hui sérieusement mis à mal par la décision du président Nicolas Sarkozy de "reprendre toute sa place" au sein de l'Otan. Aucune urgence ne justifiait cette décision - dont les conséquences pratiques sont, somme toute, limitées. Il faut y voir essentiellement un choix idéologique, qui n'est pas condamnable en soi, de réintégrer ce que le président de la République appelle "la famille occidentale". Mais l'avions nous jamais quittée, cette famille ?
Depuis la fin des années 70, puis l'élection de François Mitterrand à l'Elysée, la droite et la gauche de gouvernement s'entendaient sur une forme de consensus autour des affaires de défense et des grands choix de politique étrangère. C'était une force considérable pour le chef de l'Etat, de quelque bord qu'il soit. C'était aussi, et peut-être même surtout, un grand atout pour les militaires qui savaient que pour l'essentiel la nation les soutenait, que leurs actions ne feraient pas l'objet de polémiques électorales et qu'une alternance ne mettrait pas en cause les grands choix de défense.
La question n'est pas de savoir si, en pratique, la décision du retour dans l'Otan est fondée : c'est un dossier éminemment complexe et technique - que nous nous sommes efforcés d'éclairer par ailleurs, en plaidant pour une approche pragmatique, celle du rapport cout/gains.
Mais dans le coût de ce retour, comment oublier le coût politique ? C'est-à-dire la profonde division des partis sur cette question. Le consensus est, au mieux, fissuré. La droite a été priée de rentrer dans le rang et de faire taire les critiques en son sein (Villepin, Juppé). Le PS et le MoDem, qui n'appartiennent pas historiquement à des courants farouchement anti-atlantistes, s'y opposent, comme l'extrême-droite et l'extrême-gauche.
Le risque, c'est que demain, la légitimité des opérations militaires françaises soient contestée par une partie de l'opinion, parce qu'elles seront alors vues comme la conséquence (ou le prix à payer) du retour de la France dans l'Otan. Une partie des Français estimera alors que l'armée française ne mène pas la guerre de la France, mais qu'elle agit pour le compte d'une coalition dominée par Washington. Ce jour-là, les militaires français (qui auront certes obtenus quelques postes d'influence et parleront un fluent english) risquent de se sentir bien seuls, coupés d'une partie importante de leur concitoyens.
Jean-Dominique Merchet Secret Défense / Libérationhttp://www.lefigaro.fr/assets/flash/otan.swf
Par Nicolas Dupont-Aignan
La décision de réintégrer complètement le commandement militaire de l’OTAN est contraire à l’intérêt de la France, sans pour autant faire progresser « l’Europe de la défense », qui en l’occurrence n’est qu’un prétexte - sauf à considérer que cette « Europe de la défense » a vocation à être un sous-ensemble de l’imperium américain.
A cet égard, le discours agressif et péremptoire que Nicolas Sarkozy a prononcé hier à l’école militaire constitue un monument de mauvaise foi et de contrevérités : une fois de plus, au lieu d’assumer devant les Français sa volonté de rompre avec le consensus national sur l’indépendance française, il s’est livré à un invraisemblable exercice d’autojustification, allant jusqu’à laisser entendre que le général de Gaulle aurait soutenu sa politique.
Il n’y a pas lieu ici de démêler l’intégralité de ce tissu de sophismes et d’arguments spécieux, un seul exemple suffira : Nicolas Sarkozy a prétendu que la réintégration de la France renforcerait son influence au sein de l’OTAN et son indépendance sur la scène internationale. Mais au même moment, le ministre de la Défense annonçait l’envoi de nouveaux renforts français en Afghanistan (prévu pour août prochain voir mes précédents articles) qui seront entièrement placés sous commandement américain. Belle illustration, en vérité, de ce prétendu surcroît d’indépendance !
Une autre déclaration, passée relativement inaperçu, mérite aussi d’être relevée : le président de la République a avoué, contrairement à toutes ses déclarations antérieures, que la Constitution européenne et son clone de Lisbonne enferment bel et bien la France et l’Europe dans une subordination obligatoire à l’OTAN et, donc, aux Etats-Unis. Une preuve supplémentaire qu’il ne faut pas trop souvent prendre au pied de la lettre les assurances données par le locataire de l’Elysée.
La gémellité de l’Europe de Bruxelles et de l’alignement sur les Etats-Unis n’est pas, pour nous, une surprise. Nous la dénonçons avec constance depuis plusieurs années. La pétition nationale que lance aujourd’hui Debout la République contre la réintégration complète de la France dans l’OTAN est à cet égard en parfaite cohérence avec notre engagement dans les élections européennes de juin.
Sans ambiguïté, sans compromission aucune avec qui que ce soit, en nous appuyant sur nos seules forces et nos seuls moyens, nous proposerons ainsi une voie alternative nette, franche et globale pour enfin remettre l’Europe sur ses jambes et permettre ainsi à la France de se redresser.
